Eudis-Consult - Dump truck and plastic waste

Chaque année l'équivalent de 5'000 camions de déchets plastiques sont éparpillés dans la nature en Suisse

  • Opinion
Jean-François Genoud

Le documentaire de Fabien Favre et Hervé Pfister « Un monde sous vide » qui raconte le voyage de Tarifa (Espagne), au Cap Nord (Norvège) d’un cyclo voyageur qui s’est donné comme défi de ne pas consommer de plastique à usage unique pendant les 120 jours que durera son périple, ainsi que le récit des incidences et des rencontres qui en découlent invite à la réflexion.

En randonnée, le constat est banal et affligeant, en forêt, au bord des lacs, il y a des déchets plastiques abandonnés partout. Accident ou négligence le résultat est le même des produits dont certains ne se dégraderont que très lentement (plusieurs centaines d'années) se retrouvent emportés par la pluie, charriés par les courants jusqu’aux océans où ils intègrent notre chaîne alimentaire.

Mais revenons un instant sur ce produit qui a révolutionné nos vies.
 

Qu’est-ce que la matière plastique

Le mot « plastique » vient du latin « plasticus », et plus tôt encore du grec ancien « plastikós », qui est relatif au modelage, lui-même, dérivé du verbe « plássein », mouler ou former. Une matière plastique dans le langage commun est un mélange contenant une matière susceptible d'être moulée, façonnée, généralement à chaud et sous pression, afin d’obtenir divers objets. 

Les premières traces de l’usage de matière plastique remontent à l’Antiquité. D’origine naturelle comme le caoutchouc, l’ambre, la corne ou encore les écailles de tortue, les matières étaient chauffées et moulées pour fabriquer de nombreux objets. 

Mais c’est à partir de la fin du XIXe siècle que leur utilisation se développe avec la mise au point de plastiques artificiels. En 1862, Alexander Parkes est à l’origine de la « Parkésine » fabriquée à partir de cellulose de végétaux ; en 1870 John Wesley Hyatt inventa le « Celluloïd » qui servira de base à la pellicule cinématographique ; en 1907 Leo Baekeland produit la « Bakélite » première matière synthétique industrielle, suivie en 1908 par l’invention de la « Cellophane » par le chimiste suisse Jacques Edwin Brandenberger. 

Comme c’est un matériau qui permet de réunir des propriétés qui n'avaient jamais auparavant été réunies, comme la transparence et la résistance aux chocs, son développement va connaître une accélération rapide au cours du XXème siècle.

Désormais on retrouve des plastiques armés (matériaux composites) dans tous les domaines y compris dans l’aviation car plus résistants et légers que l’acier ou l’aluminium. 

Malheureusement l’accès démocratisé aux matières plastiques, conjugué à une consommation et une démographie effrénée, provoquent des nuisances, voir des dangers alarmants pour la vie sur terre.
 

Comment est fabriqué la matière plastique

Si l’on sait faire du plastique biodégradable à partir de pommes de terre, de maïs ou encore avec du lait. L’essentiel, soit 99%, des plastiques produits aujourd’hui sont des sous-produits du pétrole ou du gaz naturel.

Lors du raffinage du pétrole brut, on obtient du fioul lourd, du fioul domestique, du gazole, du kérosène, de l’essence lourde (super) ou légère (naphta) et du gaz (butane et propane).

Le naphta va être transformé par un procédé thermique (vapocraquage) pour fractionner les hydrocarbures en molécules plus petites (éthylène, propylène, benzène ou styrène). 

Les molécules d'éthylène, de propylène et de styrène dans certaines conditions de température et de pression vont se lier entre elles par une réaction chimique appelée polymérisation. Il se forme ainsi des molécules de très grandes tailles comme le polyéthylène, le polypropylène et le polystyrène que l’on appelle des polymères.

Un ensemble de polymères et quelques additifs va former une matière plastique. C’est la nature de ces polymères et la manière dont ils vont être arrangés entre eux qui vont gouverner les propriétés du plastique.

Le plastique est une bonne à tout faire et on ne s’en prive pas, jusqu’à ce que…
 

Les chiffres officiels en Suisse donnent le vertige

Selon les données de la Confédération pour 2010, plus d’un million de tonnes de matière plastique a été consommée en Suisse soit 125 kilos par habitant.

Seul 250'000 tonnes (24% du total) ont servi à la fabrication de produits de longue durée comme des cadres de fenêtres ou des tuyaux de toute sortes. Le reste soit 780'000 tonnes (76% du total) sont essentiellement des emballages et contenants divers; dont 650'000 tonnes (64% du total) ont été incinérés, on dit alors qu’ils sont "valorisées énergétiquement"; et 80’000 tonnes (7% du total) ont été "recyclés". 

Cela laisse tout de même 50'000 tonnes (6% du total) dont on a perdu la trace. Si un camion poubelle a une charge utile de 10 tonnes, c’est l’équivalent du contenu de 5'000 camions poubelles "éparpillé" dans la nature cette année-là. 

Si la Suisse est un pays "propre" alors que penser de la situation ailleurs ?

Comment réagir ?

Le cyclo voyageur et militant Fabien Page, dans son raid européen, a montré qu’il n’est pas simple mais possible de se passer du plastique à usage unique. Il admet aussi que même si son histoire devait faire école, ce serait très insuffisant pour changer les habitudes de millions de gens. Alors au vu de l'urgence et comme le propose un responsable d’ONG interrogé dans le documentaire, il faut mettre la pression sur les législateurs et les producteurs afin d'émettre des règles plus contraignantes.

 

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